Parentalité dans les familles de militaire : Stratégies - 1

  • Par adminmacc
  • Le 25/09/2017
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J'ai découvert l'important travail d' Abigail Gewirtz en faisant des recherches sur les familles de militaire et la parentalité. Elle est professeur et directeur de l'institut interdisciplinaire de recherches sur la santé mentale des enfants à l'université du Minnesota aux USA.

 

Des stratégies pour aider les familles de militaire

Dans une étude intitulée "Helping military families through the deployment process: Strategies to support parenting" elle s'intéresse avec d'autres chercheurs au processus dans lequel s'inscrivent les familles lors des missions extérieures, et aux stratégies qui peuvent leur être proposées. J'ai découvert le principe des 3 R pour "rules, routines, and rituals"  (Règles, routines et rituels). Un outil comme un mémento qui peut nous guider dans la prise de conscience de l'importance d'un environnement stable et prévisible lors des absences.

1. Des règles de vie

Les chercheurs observent que le départ d'un des parents en mission peut s'accompagner d'une certaine forme de relâchement dans l'éducation prodiguée par l'autre parent. En fait, j'ai choisi ce terme de relâchement pour exprimer ce lâcher-prise du parent qui reste : il va alléger les règles de la maison ou les modifier, les limites seront moins rigides ou plus aléatoires. C'est un mélange de stress et de culpabilité qui explique ce phénomène. Pourtant c'est la stabilité des règles internes à la famille qui aidera l'enfant et ses parents à vivre les transitions, changements et même facilitera la réintégration du militaire à son retour.

Le principe des règles : générales et  peu nombreuses !  Regle de famille 1

On peut distinguer les règles qui concernent le respect, les règles relatives aux horaires et à la sécurité, les règles qui protègent l’identité, la place et le rôle de chacun. Les règles ne sont pas seulement des choses négatives ou des « On ne doit pas ».

  • Un exemple de règle sur le respect : « Dans notre famille, on se respecte » peut être rappelé lorsqu’un des enfants  mord ou crie pour se faire entendre ou lorsqu’un des membres veut rappeler qu’il n’accepte pas tel ou tel comportement qui le blesse ou le vexe.
  • Exemples de règles sur l’organisation de la famille : « Dans notre famille, on prend le dîner tous ensemble » « On écoute les consignes » « On range quand on a fini »
  • Exemples de règles relatives à l’individu, sa place, son rôle : « Dans notre famille, on n’ouvre pas les portes sans frapper » « Chacun a droit à son intimité » « Tout le monde a le droit de dire ce qu’il ressent » « On aide les autres » « On s’écoute »

Une règle ainsi énoncée, affichée dans la maison, vers laquelle on peut revenir, peut être un outil de régulation et de discussion avec l’enfant. Le but n’est pas de créer un moyen de justifier les conséquences de leur non-respect, il sera plutôt de vous exprimer, de donner du sens mais aussi de connaitre son avis sur ces règles qui régissent la maison. Un temps de partage peut permettre d’expliquer pourquoi elles sont importantes et pourquoi elles ont du sens pour les uns et les autres. Un véritable moment d’échange entre tous. Au fil des ans et de la croissance de votre enfant, les règles changeront ou évolueront, l’important étant que chacun en comprenne le sens et l’importance.

2. Des routines

20170925 132834 2Le fonctionnement d’une famille, c’est une certaine dose de routines, on aura beau la rêver légère et simple, elle s'avère souvent être une longue liste de tâches successives. En couple, on peut se permettre des écarts sans trop de conséquences mais le manque d'organisation avec un enfant peut rapidement devenir invivable. On découvre que tout dépend d'une bonne planification. Cette routine, cette organisation familiale est mise à mal lors du départ en mission. Si des tâches étaient partagées, elles deviennent l'entière responsabilité du parent qui reste et le stress aidant, la culpabilité que nous évoquions plus haut, peuvent nous pousser à abandonner certaines habitudes. Leur modification est possible, mais l'étude insiste toujours sur la notion de prédictibilité. Plus l'enfant subit de changements dans son mode de vie, plus les routines doivent être claires et stables.

Les routines sont à la mode. Initialement utilisées pour les enfants avec trouble du développement, elles sont désormais utilisées dans de nombreuses familles et on en trouve des exemples sur internet très facilement. Leur but : découper en images les moments clés d'une journée ou d'une action pour aider l'enfant à comprendre et/ou agir.

Les routines ont plusieurs avantages, en plus d'offrir un support intelligible pour les enfants, elles peuvent aussi permettre de les initier aux responsabilités. Pour le dire autrement : leur apprendre à nous aider ! D’ailleurs, l’enfant qui grandit, passe par une phase où il veut faire seul ou comme les grands. C’est dès cette période que l’on peut commencer à l’initier progressivement aux responsabilités.

Marty Rossmann, chercheuse américaine a observé que les enfants qui « aident » à la maison, ont plus de chance de réussir leur vie. Elle a rencontré 84 enfants entre 3 et 16 ans, puis les a interviewé  10 ans plus tard afin d’observer quelles conséquences avaient eu sur leurs compétences sociales (dont l’empathie) et leur sens des responsabilités, la participation aux tâches quotidiennes.

Le résultat de cette étude montre que les enfants responsabilisés et valorisés par un investissement dans le fonctionnement de la famille, avaient à terme, de meilleures relations interpersonnelles, une meilleure  réussite scolaire et même une plus forte probabilité d’acquérir leur indépendance économique.

Les responsabilités peuvent tourner selon les semaines, être négociées, être partagées. Dans ce domaine comme dans d’autres, tout est question de dosage. Il faut encourager, valoriser l’enfant et respecter selon l’âge trois étapes de progression :

Etape 1. L’enfant ne fait qu’aider. Il observe  et essaye.  Il ne termine pas forcément la tâche.

Etape 2. Il commence à pouvoir finir la tâche mais il a besoin d’être supervisé

Etape 3. Il réalisera la tâche seul sans contrôle. Et si tout va bien plus tard encore, il la réalisera spontanément.

Le seul défaut de cette idée, c’est qu’elle demande du temps, mais quel bonheur pour la suite !

3. Des rituels

Img 9742Les Règles et routines sont les petites bases de vie qui permettent de créer un environnement stable au sein de la famille. Elles seront rappelées, accompagnées et dessinent le cadre invisible et bienveillant nécessaire au développement de l'enfant. Il y aura des ratés, forcément ! Un soir, le petit dernier aura besoin de faire 12 tours de salon en courant avant d’aller dormir. Il y a aura des jours où la règle devra être révisée, une routine sera un peu bâclée. L’important c’est d’y penser et de tenter d’offrir à nos enfants un environnement qui fait sens et dans lequel ils perçoivent notre intention de bien faire et de leur donner de bons repères.

Les rituels peuvent être difficiles à mettre en place dans les familles de militaire. Il me semble parfois que nos sociétés même, manquent cruellement de rituels. La logique commerciale semble avoir envahie tous les évènements de nos vies. La majorité des gens offrent des cadeaux pour certaines occasions, on se réunit lors de ces mêmes occasions dictées par un calendrier qui ne reflète pas toujours nos "moments clés" à nous. Comment faire quand on vit dans l'instabilité , quoi faire de cette improvisation constante à laquelle nous oblige parfois le monde de la Défense en mettant certains de nos projets au conditionnel ? Quand même prévoir des vacances se fait avec le risque d'une annulation ... comment conserver des "rituels" en famille ?

Dans mon article "Banque d'idées pour l'absence et les Opex", j'évoquais les rituels :

Conserver les routines existantes, ok, mais pourquoi ne pas en intégrer une nouvelle pendant l’absence ? Un film d’animation le samedi soir (vous connaissez Myazaki ?), le repas du samedi midi qui se prépare à plusieurs, le vendredi soir on mange un petit-déjeuner anglais… Les meilleures idées seront les vôtres !

Il n’est pas rare que pendant l’absence du parent, des évènements importants se passent (anniversaire, fêtes familiales…). Une fête c’est quelque chose qui sort de l’ordinaire et c’est un moment de partage en famille. Alors posez-vous cette question :

Est-ce qu’un rituel c’est forcément quelque chose qui figure dans le calendrier de tout le monde ?

J’ai envie de dire non. Donc, si je n’ai pas pu fêter mon anniversaire, pourquoi on ne fêterait pas notre premier « je t’aime », le jour des premiers pas du petit dernier, le premier jour de l’été ? Pourquoi ne pas créer un rituel de passage pour votre adolescent ?  Créez VOTRE tradition, votre souvenir, votre surprise.

Ce sera VOTRE fête, votre rituel rien qu’à vous !

A bientôt !

 

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Commentaires (1)

Gg
  • 1. Gg | 26/10/2017
Merci pour tous ces conseils. Cela montre bien qu'il ne faut pas chercher des idées compliquées pour l'équilibre de la famille lors de l'absence.
Les routines de base comme le "respect de chacun", ... , ne changeront pas.
Merci de montrer que l'enfant n'apprend pas uniquement au travers les jeux mais aussi en participant à la vie quotidienne. Et lorsqu'on félicite ou remercie l'enfant il éprouve le sentiment de satisfaction.
Bonne journée!
Gg

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