Inspiration : en attendant la mutation

  • Par adminmacc
  • Le 04/03/2017
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J'attends qu'on daigne me dire où je vais devoir habiter. J'aime bien dire les choses comme elles sont.

Déménagement. Sans faire d'étymologie, on pourrait l’ausculter ce mot, le couper en deux et sortir de ses entrailles ce qu’il remue en nous. « Dé » préfixe qui s’ajoute à des mots pour signifier la fin d’un état ou son contraire. « Ménagement », qui décrit un agir tendre, avec  égards envers l’autre ou nous-mêmes. Ménager, c’est avoir des attentions particulières, une délicatesse, soigner.

Dé-ménager, pour moi, c’est balayer ce qu’il y a de doux, de confortable et de connu pour se déraciner et voir la souche de nos habitudes à nu. Dans le jardin, lorsqu’on veut changer de place une plante, on griffe le sol et on soulève le plus lentement possible la motte de terre qui l’entoure afin de la repiquer avec elle. Ca ne se fait pas sans casse bien souvent, on abîme quelques radicelles. Ces jours-ci, je me sens comme un jeune chêne qu’on attaque au pied, déstabilisée, fragile et incertaine.

Nous avons bien tout rempli comme il faut, rédigé notre fiche comme on prépare son épreuve de doctorat. Nous l’avons relu 10 fois en pesant chaque mot qui justifie nos presque choix. Le 4ème n’en est pas un, obligation d’inclure une ville dans le grand quart « nord-est-parisien ». Un volontariat désigné qui fera plus joli dans les statistiques  sur les taux de satisfaction. Mais comment dire, je n’ai pas envie de revivre l'omniprésence des autres, ni envie de ciel gris, de pollution ou de grand froid.

 J’imagine ma vie de famille sur le tapis rouge, je jette les dés mais au dernier moment, le croupier pourra toujours fausser le résultat d’une pichenette. Comme un artisan du terroir à qui des technocrates estampillés « UE »  veulent imposer des normes. Comme un ouvrier qui façonne sa pièce à la main et voit un robot imiter son doigté dans une mécanique froide. Il y a souvent un monde entre deux réalités.

Ma vie a ses raisons que la DRH à thé  ignore, elle me laisse infuser dans la sauce à laquelle elle veut me manger, il me reste à trouver une forme d’équilibre dans cette précarité. Car l’inconnue dans l’équation demeure, on ne sait toujours pas où les dés sont jetés. On se projette dans du rien, dans du vide, ce vide particulier qui remplit toute une existence. J’ai beau tourner le regard, notre destination est encore dans l’angle mort.

Se préparer à tout quitter, c’est vivre la nostalgie au présent.

Y’en a qui trouveront que j’en fais des tonnes, peu importe, ce sont mes pieds qu’on dégage duAdobe spark 27 sol, ce sont aussi ces trois dernières années dans notre maison, à accueillir notre enfant, à adapter l’intérieur à ses découvertes, à le voir escalader puis sauter la marche entre la lingerie et l’entrée. Des petits riens qui  sont mon tout. Les murs épais de cette maison où j’ai trouvé repaire, où j’ai promené mon bébé pendant des heures mes yeux noirs plongés dans ses yeux noirs, dans des conversations silencieuses et des comptines chuchotées. Les carrés potagers que chaque année a rendus plus fertiles. La dépendance plein de poussières où j’ai fabriqué tout un bric-à-brac de jouets, d’aménagements. Notre petite vie simple comme je la voulais.  J’imprime dans ma tête et mes sens les souvenirs de cette vie- là. Je passe chaque détail à la loupe et dans le labo de ma mémoire,  le meilleur comme le pire se révèlent plus intenses. Je feuillette les albums photos, comme s'il fallait déjà se souvenir de l'instant présent.

Dans ce que j’aime ici, prend source ma mélancolie, ma tristesse dans ma joie. Dans ce que je déteste, j’entrevois tous les possibles du changement, le mieux dans l’ailleurs.

Chaque jour qui passe, je regarde mon jardin comme si c’était la dernière fois. Notre grande maison et les bonheurs qu’elle a caché. Le tronc d’arbre immense qui soutient toutes les poutres du salon. Les moutons qui m’appellent quand je franchis la porte et la poule sombre qui se perd dans la cour. L’odeur de bois  fumé qui inonde parfois l’air. Une à une ces petites madeleines de Proust que je vais devoir laisser, en espérant les retrouver dans un ailleurs qu’on ne peut toujours pas nommer. Ne pas savoir où l’on va nous rend incapables de nous projeter. Seule reste une sourde angoisse, la farandole d’«et si » et la peur au creux du ventre d’être dans de mauvais petits papiers.

C’est le métier qui veut ça, la mutation, ce moment tantôt attendu, tantôt redouté. Variable d’ajustement ou réelle nécessité…

C’est précisément à ce moment que je me sens comme un pion dans la partie, une toute petite donnée qui n’entre dans aucun calcul. Dans un peu plus de 4 mois, il me faudra être partie d’ici, de là, je me prépare pour un avenir à l’aveugle, en tachant de rester certaine que partout où j’irai, il y aura toujours mes deux amours.

 

 

 

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