"Mission famille" : Parentalité, Introduction

Je vais aborder un sujet qui me tient particulièrement à cœur, qui m’a animé en tant que professionnelle, dont je parle dans ma conférence « Mission Famille »  et qui me passionne en tant que maman, tata, marraine, amie et être humain : l’accompagnement de l’enfant. Ce thème comportera certainement plusieurs articles et s’inscrit dans le prolongement ce que j’évoque dans la conférence.

 

« D’où je parle ? » : cadrer mon intervention

Je suis très sensible à tout ce qui concerne l’éducation, la parentalité, la communication, les émotions, le développement personnel, la psychologie et les relations interpersonnelles. Ces thèmes se sont distingués parmi d’autres et ont pris place dans mon cheminement. Je suis maman et imparfaite. Ni un exemple, ni un savant.

J'ai envie de tenter de tracer les contours d’un accompagnement de l’enfant dans les familles de militaire. Sacré pari non ? C’est bien pour cela que je parle d’UN accompagnement, car ici, je vais définir le mien, en fonction de mes croyances, compétences, lectures et de mon expérience de maman et de professionnelle.

Mon postulat de départ 

À chaque fois que tu lis quelque chose, tu dois te poser la question de « qui parle », et donc « quel est le postulat de départ de la personne que je lis ? ».

Dans mes chroniques d’humeur par exemple, je pars du postulat que "je veux parler au plus grand nombre", donc je fais des généralités (entre autres, je parle manucure alors que je ne me vernis les ongles que deux fois dans l'année) et chacun pioche les petits trucs qui l’interpellent. Ici, je sais que la conception de l’éducation est une chose particulière, donc je vais te parler de mes principes en matière d’éducation (tu y adhères ou pas, c'est une autre histoire, je cadre juste mon propos).

Je ne perçois pas mon enfant comme un pervers polymorphe qu’il faut dompter comme un animal de cirque au risque de me faire dominer. Je conspue Freud et nombre de ses fumeuses théories.

Je considère que quelle que soit la forme que prend l’échange avec mon enfant (rires, questions, retrait, refus, peur, colère…) il a quelque chose à me dire (un besoin à exprimer, une émotion à partager, ou une attente vis-à-vis de moi). C’est tout bête mais ça implique une quantité incroyable de choses de mon côté, dans le traitement de ces informations. Je veux respecter chacune de ses émotions, chacun de ses sentiments et être là pour lui, apprendre à mettre des mots dessus et les vivre avec lui.

Je veux une relation connectée avec mon enfant! Je veux communiquer avec lui et lui apprendre à communiquer sur son ressenti, ses besoins et avec les autres.75a0059302cd92ed358b5e700ca18490

J’aime toujours mon enfant : même quand je dis ‘stop’, même quand il s’est énervé, même après s’être roulé par terre, même s’il me « teste » (je mets des guillemets), même si c’est pas le jour, même si son verre est en morceaux par terre, même si on passe une journée pénible pour X raison, même si on a du mal à se connecter. Je ne veux pas qu’il doute de mon amour. Je parle d’amour inconditionnel. Je veux lui donner cet amour comme on offre une « base » qui l’accompagnera dans sa vie, dans ses choix, dans ses prises de risques, dans ses moments de doute, dans ses réussites, je veux qu’il sache qu’il a été aimé profondément et sans condition de réussite, de docilité, de gentillesse, de conformité. Cet amour va guider et devenir un pilier dans son équilibre personnel en tant qu’adulte. Je décèle de plus en plus vite les jeux de pouvoir dans lesquels je me positionnais il y a encore quelques mois, et je m’en retire, je cherche d’autres voies.

J'ai arrêté d'imaginer que mon enfant « me teste ou me manipule», « me cherche » parce que cette conception de nos rapports me parasite complétement (ici, tu peux cliquer et lire une petite digression sur le sujet "Bonus + une idée de la parentalité" ).

Je veux une relation équilibrée. Depuis le jour où j’ai décidé de faire cet enfant, je ne suis plus seule, je ne peux pas décider de tout comme s’il devait me suivre sans bruit et refuser toute manifestation de sa part. Je suis devenue maman d’un être humain à part entière qui va agrandir son propre pouvoir sur sa vie, qui attend de moi que je respecte son intégrité, son identité et l’aide à s’affirmer. Je veux qu’on échange, qu’on négocie, qu’on discute, qu’on trouve des compromis, des accords, qu’il sente qu’il y a des règles oui, mais qu'il est important et que ce qu’il vit et dit est important.

Le métier de parent

Dans la vie, tout le monde apprend un jour ou l’autre à faire quelque chose, un métier. Valider un diplôme, apprendre sur le tas, se forger des compétences avec l’expérience. Ouvrir un livre, regarder faire son formateur, répéter un geste, acquérir une technique, passer des heures assis sur les bancs de l’université, faire des stages… peu importe comment, on apprend. C’est ancré dans nos esprits : si je veux devenir X, j’étudie, je me forme. Si je veux devenir couturier, j’apprends à coudre. Si je veux devenir chauffeur, j’apprends à conduire. Si je veux devenir prof, je passe un master. Si je veux fabriquer des sculptures, j’apprends à manipuler la terre, à fendre la roche.

Dans la vie, tout le monde peut faire des enfants. C’est l’œuvre d’art ouverte à tous, l’acte de création à la portée du plus grand nombre, sauf problématique ou choix individuels, au fil des ans, nous nous dirigeons vers cet élan-là, devenir parent.

Et si je veux devenir parent ? « Aucune qualification requise » et pourtant, c’est pas faute de nous demander des talents ou compétences multiples et variés !

Si tu regardes bien c'est le seul "métier" où tu peux être «  super consultant » avant même de l'avoir exercé. Mais si ! Regarde, tu as eu ton petit avis sur l’éducation des enfants de tous tes proches, et tu jugeais le parent de l’enfant  que tu croisais dans les supermarchés et qui ne savait "vraiment pas se tenir".

Le niveau « expert », lui, s’acquiert dès la sortie de la maternité par auto-validation.  Faudrait pas imaginer une seule seconde te donner un conseil ou retour d’expérience sur ce qu’on a fait, puisqu’il est bien clair que tu  feras mieux que tout le monde.

L’éducation, un tabou

Bref… Le monde a passé la 5ème  sans prévenir. Maintenant on passe des heures et des heures devant des écrans luminescents qui sont en train de réécrire complètement les histoires de nos vies et réinventer intégralement nos rapports sociaux, intra et extra familiaux et notre manière de nous connecter les uns aux autres.  Et alors, question éducation ? On reste sur nos positions ?

  1. L’éducation est un des sujets les plus difficiles à aborder en société, celui qui peut cristalliser le plus de différences et créer des débats interminables entre partisans d’un camp et ceux d’un autre.  
  2. Comme tout le monde est expert, personne n’ose admettre qu’il pourrait avoir besoin d’aide, même quand on se rend bien compte qu’on ne maitrise rien, on serre son pouce dans sa main.
  3. Quand on partage sur l’éducation, on s’en tient aux constats et étiquettes. « Il est insupportable », « il est hyperactif », « il veut ma mort » et les conseils qui peuvent suivre sont rarement acceptés car d’un cadre éducatif à l’autre, il y a souvent un monde.
  4. Puisque personne ne veut demander de l’aide ou accepte de reconnaitre qu’il peut en avoir besoin, c’est assez rare qu’un parent exprime sa souffrance. Il y a encore quelques années, c’était impossible pour une mère de dire que la naissance de son enfant n’avait pas été le feu d’artifices attendu mais une étape plutôt pénible et qu’elle était épuisée. Alléluia, ça commence à changer.
  5. Plusieurs années de recherche, plusieurs grandes avancées en psychologie, neurosciences, sciences de l’éducation et en pédagogie, pléthore de théorie pour nous indiquer comme les temps ont changé, comment notre cerveau fonctionne, comment dès la vie in utero notre enfant est touché par notre façon d’être au monde, alors ? Qu’est-ce qu’on attend ?  

« Et s'il y avait une autre école ? »

On ne veut plus former les couples comme dans les années 40. On ne trouve plus un travail comme dans les années 50. On ne devient plus propriétaire comme en 60. On ne communique plus comme en 70. On ne se lie, on ne se rencontre plus comme en 1980 (dommage, un peu). On n’apprend plus comme dans les années 90. Éduque-t-on nos enfants comme avant ? En grande partie oui.

Pourtant, on a compris l’impact des premières expériences de l’enfant sur son parcours d’adulte. On a arrêté de considérer le nourrisson comme l’équivalent d’un tube digestif sans âme et surtout, on a « découvert » que mettre une tarte à un enfant pour qu’il comprenne qu’il ne faut pas taper n’est pas très pertinent. On a démontré l’immaturité d’une partie du cortex préfrontal des enfants jusqu’à l’adolescence, qui ne leur permet pas de gérer les émotions ou contrôler leurs pulsions comme un adulte. On sait tout ça, enfin, presque tous… mais dans 7 cas sur 10, on continue à  utiliser les bonnes vieilles méthodes de papy et mamy.

Toujours pas de formation, même pas une séance d’initiation au collège ou au lycée. Rien. En fait, se former est possible, mais c’est seulement une option, et sur la base du volontariat. Livres de plus en plus nombreux et accessibles, coaching parental, ateliers de parentalité, ressources gratuites sur Internet, conférences dans les villes. C’est sûr qu’on a bien quelques idées ou principes, il n’en reste pas moins qu’une énorme partie de notre carrière de parent se fait dans l’improvisation la plus totale ! Au coup par coup ! On compose, on réfléchit après. 

On s’agace, on « pète un plomb », on n’en peut plus, on ne va pas se laisser marcher dessus, on doit lui apprendre que dans la vie… bla bla bla. C’est vrai, on ne meurt pas pour une fessée. Je ne suis pas morte d’avoir reçu des coups de martinet. Je n’ai pas toujours bien compris comment le fait de me frapper allait réparer ma bêtise ou corriger ce que j’avais dit. Je suis juste morte de peur et de honte d’avoir eu à subir ce genre de corrections censées m’apprendre la vie. Elles m’ont surtout appris à mieux mentir, à faire mes coups en douce, à me méfier de mon père et à ne jamais, jamais faire confiance à personne.

« Devenir parent, ça s’apprend aussi ! » voilà ce que j’ai envie de dire

Je rêve d’écoles ouvertes aux futurs parents. Je rêve de cours de préparation à la parentalité en duo avec la préparation à l’accouchement.  En fait, idéalement, je rêve de cours pour apprendre dès le plus jeune âge comment fonctionne notre cerveau.  Je rêve de cours pour « apprendre à apprendre » aux enfants. Je rêve de cours de communication à l’école, comme on apprend les mathématiques.

1er pas citationJ’ai tellement désiré mon enfant ! Je suis responsable de son développement. Je vais l’accompagner pendant plusieurs années pour qu’il devienne un adulte épanoui, confiant, et le plus heureux possible (c’est marrant d’instinct, je sais que ça sera pas à coups de pompe et de « baisse les yeux » que je vais l’aider). Je tâtonne, depuis la sortie de la maternité,  j’avance vers l’inconnu, je fais quelques bêtises mais je me suis donnée une ligne de conduite, « écoute et bienveillance »; je tâche d’y revenir le plus rapidement possible, même quand je m’agace.

Je suis femme de militaire, oui. Mon fils va vivre des transitions, changements, absences, comme n’importe quel enfant mais plus intensément et fréquemment. J’y ai réfléchi ainsi qu’à tout ce qui fait sens pour moi  et je veux : faire de lui un enfant qui sache communiquer, qui sache dire « non » ou « stop », un enfant qui ne baisse pas systématiquement les yeux, un enfant qui sache remettre en question certains ordres s’ils s’opposent à ses valeurs, qui sache composer avec les aléas de la vie, rebondir, être heureux, aimer, dire, écouter. Je veux lui transmettre ma manière de me réjouir des choses simples, qu’il sache apprécier ce qu’il a, se sentir bien dans sa peau et dans ses relations aux autres. Et surtout, je ne veux ni violence, ni laxisme.

 

Sacré objectif ! Tu as le même que le mien non ?

Depuis des années, avant même de devenir maman j’ai beaucoup travaillé sur moi-même pour devenir l'adulte la plus équilibrée possible. Se remettre en question, dresser les bilans, se reconstruire après les blessures, apprendre sur le bonheur et les émotions, l’apprentissage n’est pas fini, devenir parent n’a fait que me pousser toujours un peu plus vers mes limites et finalement : la bienveillance, envers moi et envers les autres.

Je veux apprendre encore sur tout ce qui fait les enfants heureux. Il ne s’agit pas de formules magiques mais de m’assurer que mon humanité, mon écoute, ma communication et l’amour que je lui offre, créent un cadre qui favorisera son bien-être, sa capacité à prendre soin de lui-même et à être heureux. Donc, même si on aura l'impression de parler beaucoup théorie, on va se demander  « qu’est-ce qu’il peut être intéressant de savoir pour qu’il soit à l’aise dans ses baskets ? ».

Maintenant que j’ai posé ce cadre, dans le prochain article, je parlerai de notre lien avec notre enfant et de la meilleure façon de développer sa force intérieure, ses capacités à rebondir après un évènement, ce qu’on appelle sa résilience.

 

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