Mission Famille : un point sur le stress post-traumatique

Je poursuis le partage de ma conférence "Mission Famille" et j'aborde dans cet article l’état de stress post-traumatique (ESPT), appelé aussi trouble de stress post-traumatique (TSPT).

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L’Opex est terminée, le couple se retrouve enfin. Le « mode mission » de chacun des partenaires doit, pense-t-on,  prendre fin dès qu’ils sont réunis mais dans la réalité, il est possible que le militaire et son conjoint traversent encore une période de quelques jours à quelques semaines où la synchronisation émotionnelle ne se fera que progressivement.

Pour le conjoint, il s’agit de réinsérer le militaire dans son fonctionnement au quotidien et pour ce dernier, de réintégrer le noyau familial.

Des études1 montrent qu’environ 30% des militaires de retour de mission souffrent de troubles liés à la digestion émotionnelle du vécu de la mission. Cette phase prend la forme d’une désynchronisation avec la vie « normale » du militaire qui, selon l’intensité de la mission, nécessitera 3 à 6 semaines d’adaptation pour retrouver le rythme de sa vie. Dans le cas de missions très intenses, cette réadaptation peut prendre plus de 6 mois.

Cette digestion émotionnelle a plusieurs origines et dépend de la personnalité du militaire : pour certains le simple fait de l’éloignement sera difficile à gérer, pour d’autres, ce sont les conditions d’exécution de la mission ou le rythme de celle-ci qui font qu’il est difficile de décrocher.

Dépaysement, éloignement, mission mal intégrée ou sentiment d’inutilité, environnement ou population hostile, inconfort, manque d’intimité mal vécu... Autant de raisons qui peuvent perturber le militaire, et lui demander un temps pour se réadapter à la vie de tous les jours. Sans que ce soit particulièrement grave, il est tout à fait concevable qu’un militaire qui a mis en place les stratégies qui lui étaient nécessaires pour le combat ou pour l’organisation, va avoir besoin d’un temps pour se mettre au diapason avec ses proches. Il n’y a rien d’anormal.

Cette phase de digestion exige des partenaires, encore une fois, beaucoup d’empathie mutuelle et surtout beaucoup de patience. Elle n’est pas un passage obligé et pour une importante majorité, le militaire redeviendra le père, la mère, le conjoint qu’il ou elle a été en quelques jours ou semaines.

Dans d’autres situations, les choses se compliquent avec le trouble de stress post-traumatique.  

Le TSPT est un trouble anxieux, connu depuis la Première Guerre mondiale, bien qu’il aura fallu des années et, notamment, la guerre du Vietnam, pour que l’on s’inquiète vraiment du sort de ces militaires qui revenaient traumatisés des opérations.  Il atteint les victimes ou témoins d’évènements traumatisants. L’exposition à un danger pour soi ou un autre, la confrontation à la mort, à un accident, à des blessures, les victimes ou témoins de violences (physiques ou sexuelles); en bref, à un incident hors du commun qui induit une réaction psychologique intense (peur, sidération, terreur, sentiment d’impuissance etc.) sont autant de raisons de souffrir d'un TSPT. Spt

Il est très difficile de fournir des chiffres qui reflètent la réalité dans le monde militaire, étant donné le tabou qui plane autour de ce trouble.  Les États-Unis admettent que 10% de leurs effectifs ont été atteints par un TSPT. Comme nous l’avons vu plus haut, une petite période de réajustements peut être nécessaire mais tous les symptômes s’estompent et tout rentre dans l’ordre en quelques semaines. Dans le cas du stress post-traumatique, ce sont l’apparition et l’installation dans le temps de comportements et problèmes qui sont les signaux d’alerte.

Le TSPT peut en effet se manifester pendant les jours et les mois qui suivent l’exposition à un ou des événements traumatisants. La famille sera donc en première ligne pour  repérer ses signes et/ou éclairer le militaire sur son état.

Techniquement, le premier type de symptôme de SPT est la résurgence du souvenir de l’évènement traumatisant, appelée intrusion. Ici, c’est la partie du cerveau qui gère les souvenirs (l’hippocampe) qui réveille la mémoire de l’évènement et active la région qui gère les émotions (l’amygdale) sans l’intervention du cerveau qui raisonne, le cortex préfrontal.  La personne revit le souvenir et les émotions associées sans parvenir à prendre du recul.  

 

Les réactions face aux événements potentiellement traumatisants sont variées. Elles ne sont pas une faiblesse de l’individu mais constituent des réponses  et réactions de l’humain confronté à l’impensable, la mort, la violence ou la peur.  

Voyons ensemble les différents symptômes possiblement observables lors d’un TSPT :

(Cette partie comporte des extraits du « Mémento sur les effets possibles post-opération » réalisé par l’armée française, donné aux militaires qui passent par le sas de Chypre)

- L’hyper vigilance (ou hyperstimulation) : le militaire reste en « mode guerre » et n’arrive pas à décrocher de la mission.  Il est sur le qui-vive, peut surveiller ou se sentir surveiller. Il exerce un contrôle excessif et inhabituel sur certaines choses (exige que les choses soient faites d’une certaine façon, interdit de toucher à ses affaires, se montre critique quand les choses ne sont pas faites « correctement »). Il sur-réagit à des évènements anodins, se montre hypersensible aux bruits (klaxon, bruits sourds…). Le militaire a du mal à passer à autre chose, il appelle ses collègues de mission, l’évoque continuellement.

- Conduites à risque : conduite automobile agressive, mise en danger, accident. Envie d’être armé. Avoir une conduite à risque, c’est aussi se mettre en danger en ayant une consommation déraisonnable d’alcool ou se montrer rapidement agressif dans les situations de la vie courante.

- Les intrusions : sous forme de cauchemars, plus particulièrement les cauchemars avec réveil en sursaut, qui sont caractéristiques d’un SPT. La personne peut vivre des flash-back, le souvenir peut être réactivé par une odeur, un son, une texture.

- L’évitement : désintérêt pour la vie de famille, la personne se dérobe devant les responsabilités ou évènements familiaux. La seule façon de « décrocher » de la mission est d’éviter d’évoquer quoi que ce soit qui s’y rattache. Des signes de dépression  peuvent apparaître sous forme d’irritabilité ou de repli sur soi, le militaire se mure dans le silence, il perd l’intérêt pour les choses qu’il aimait habituellement faire, elles ne lui plaisent plus.

Affiche ecoute defenseQui contacter ?

Pour le militaire, son premier interlocuteur est son médecin d’unité, un centre médical des armées (CMA2) ou un hôpital d’instruction des armées (HIA2).

La Défense a mis un place un numéro vert pour le militaire ou sa famille : Écoute défense au 08 08 800 321.

En cas de repérage de signes par la famille ou pour le militaire lui-même. Vous serez accueilli au téléphone par un psychologue du Service de santé des armées et un rendez-vous pourra vous être proposé. Entre janvier 2013 et janvier 2014, 330 personnes3 ont contacté ce service d’aide dont 176 étaient en état de stress post-traumatique.

Vous pouvez bien sûr  inviter votre conjoint à discuter mais pas forcément avec vous car seule la consultation d’un professionnel permettra d’évaluer l’ampleur du trauma. Il est important de contacter une personne apte à accueillir le militaire, idéalement un médecin des armées, et non un psychologue du privé, pas forcément familiarisé avec le concept de SPT chez les militaires. Le diagnostic ne peut être posé que par un professionnel.

L’amour aide les victimes de SPT mais il ne les sauve pas. Encouragez-le à parler de l’évènement si vous vous en sentez capable mais dispensez-vous de toute interprétation ou jugement. Les phrases toutes faites (« N’y pense plus » « Te prend pas la tête » « T’es pas mort »…) sont nuisibles et ne feront qu’appuyer sur la culpabilité du militaire. Apprenez à écouter de manière attentionnée et empathique, en étant vraiment tourné vers l’autre.

Le TSPT est une réponse à quelque chose d’anormal. Ce n’est pas le militaire qui encaisse mal ou sur réagit, c’est l’évènement qui a été particulièrement mauvais pour lui.

Le TSPT se soigne, il existe plusieurs type de prise en charge : des médications peuvent être prescrites sur des périodes courtes et sont accompagnées d’interventions thérapeutiques : la thérapie cognitive (on aborde les croyances et pensées de la personne), la thérapie cognitivo-comportementale (là, on cherche  des stratégies à mettre en place pour modifier la réponse au stress) ou bien encore l’EDMR (une forme de thérapie basée sur la désensibilisation aux évènements traumatiques à l’aide de mouvements oculaires).

Je vous propose quelques liens supplémentaires au sujet du stress post-traumatique pour les plus curieux :

- A Beuil, dans le Mercantour, des soldats vont se reconstruire.

- Une étude récente s’est intéressée au "réseau de mode par défaut" de notre cerveau (le mode « cerveau quand on ne fait rien », quand on rêvasse, quand on se souvient ou qu’on se projette) et à l’impact de la méditation de pleine conscience (qui consiste à être présent à l’instant, sans jugement sur ses pensées ou sentiments et à se focaliser sur le moment présent, rien de "new-age" là-dedans). Celle-ci aurait un impact positif sur les symptômes en favorisant les connexions au cortex pré-frontal. Attention, il ne s’agit pas de se contenter de méditer dans son coin pour se soigner, cette technique n’est qu’un outil supplémentaire pour les thérapeutes.

- La technique du blocage de la reconsolidation, thérapie pour le SPT  

- Un brevet sur une molécule de la graisse : l’adiponectine pour bloquer la peur ?

- Au Canada, ils entament une étude sur l’efficacité de la présence d’un chien d’assistance sur une trentaine de vétérans atteints de SPT. Affaire à suivre…

- A Berkeley, aux USA, on s'interesse à l'effet des activités "outdoor" sur le mental des personnes atteintes de SPT. Celles-ci, avant, pendant et après des excursions de rafting, ont montré des changements physiologiques positifs (taux de dopamine, cortisol...).

- MAJ 21 10 16 : La théorie récente de la perturbation du circuit de traitement de l'information et le concept de "contexte intériorisé" pour expliquer le SPT

- Un très joli livre en ligne pour parler du SPT avec les enfants

En espérant que cet article vous ait quelque peu éclairé ! A bientôt !

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1 http://www.erikdesoir.be/files/stades_emos_missions.pdf citant Bramsen, I., Klaarenbeek, M.T.A., et Van der Ploeg, H.M. (1995a). Psychische aanpassing van oorlogsveteranen op lange termijn. Het vervolgonderzoek onder de leden van de BNMO.

2 Coordonnées des CMA et HIA : http://www.defense.gouv.fr/sante/dossiers-complementaires/classeur-stress-post-traumatique/contacts-cma et http://www.defense.gouv.fr/sante/sante-publique/hopitaux-militaires

3 Source : bilan un an d’Écoute défense, http://www.defense.gouv.fr/sante/actualites/stress-post-traumatique-1-an-d-ecoute-defense)

Crédits photos : Affiche de la Défense, et photo The U.S. Army via VisualHunt / CC BY

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