Info : 10ème rapport du HCECM, opération Sentinelle

Le HCECM, Haut Comité d'évaluation de la condition militaire, a été créé en 2005.

Constitué de 9 membres, il a pour mission de fournir une analyse de la condition des militaires en France. En s’appuyant sur l’étude de documents, les auditions de personnalités et les visites d’unités, il produit un rapport annuel afin « d’éclairer le président de la République et le parlement sur la situation et l’évolution de la condition militaire. Il prend en compte tous les aspects favorables ou défavorables, juridiques, économiques, sociaux, culturels et opérationnels susceptibles d’avoir une influence, notamment sur le recrutement, la fidélisation, les conditions de vie des militaires et de leurs familles et les conditions de réinsertion dans la société civile (article D4111.1 du Code de la défense)». En effet, le HCECM est un organe d’expertise qui se veut indépendant. Son rôle n’est pas de remettre en question une politique.  

Pour en savoir plus, rendez-vous sur la page de présentation du HCECM, et ici, pour découvrir les membres qui le composent.

Vous pourrez découvrir leurs rapports annuels et revue de l’année ici > http://www.defense.gouv.fr/hcecm/les-rapports-du-hcecm

Le 10ème rapport annuel s’est intéressé à l’opération Sentinelle et à ses répercussions sur la vie des militaires et de leurs familles. J’ai sélectionné quelques extraits mais je vous invite à survoler le sommaire afin d’aller lire quelques pages parmi les 184 que contient ce rapport.

L’opération Sentinelle

« Sentinelle est aussi une mission de forte densité, tant par la part qu’elle représente dans l’activité annuelle des militaires de l’armée de terre que par l’emploi du temps quotidien des militaires qui y sont engagés. Si, avant le 7 janvier 2015, un militaire de l’armée de terre passait en moyenne 15 % de son temps en opération extérieure et 5 % en missions intérieures, il consacre désormais 40 à 50 % de son temps aux opérations intérieures tout en continuant à passer 15 % de celui-ci sur les théâtres extérieurs. » (page 61)

« Elle répond à la demande de sécurité exprimée par les Français, surtout après les attaques de janvier et de novembre 2015, et accroît le sentiment d’utilité que les Français ont des militaires. Symétriquement, elle entretient la fierté qu’ont les militaires de protéger la France et les Français. Elle favorise le développement dans la société française de valeurs et d’idéaux chers aux armées, qu’elle semblait un temps avoir délaissés, comme le patriotisme, l’attachement au drapeau, le combat pour la liberté. » (page 61)

Strasbourg operation sentinelle fevrier 2015 4Son impact

« Depuis près d’un an et demi, Sentinelle mobilise autant de militaires que l’ensemble des opérations extérieures. Leur taux d’activité opérationnelle s'en est trouvé considérablement accru et, dans l’armée de terre, un soldat doit aujourd’hui s’attendre, sur un cycle de deux ans, à participer en moyenne à quatre déploiements Sentinelle de six semaines chacun et à une mission de courte durée ou une opération extérieure de quatre mois, auxquels s’ajoutent la préparation opérationnelle dans les camps, les gardes et les stages de formation. » (page 63)

Son impact sur les familles

« Sans pouvoir aussi fréquemment que dans le cas des opérations extérieures s’organiser longtemps à l’avance, le conjoint du militaire déployé dans l’opération Sentinelle doit, en plus de ses propres obligations professionnelles, assurer seul plus longtemps l’éducation des enfants et faire face aux difficultés matérielles et administratives de la vie quotidienne. Certains conjoints ont, selon les témoignages de militaires, atteint les limites de ce qu’ils pouvaient supporter et plusieurs cas de burn-out ont été rapportés au HCECM.

Cet état de tension est parfois accentué par l’inquiétude que les familles disent ressentir vis-à-vis de la mission, liée à la crainte que les militaires de l’opération Sentinelle soient pris pour cibles par des terroristes, et très différente de celle éprouvée par rapport à une opération extérieure. » (pages 64-65)

Les absences du domicile

(page 65)

« Exemple d’une section du 13e Bataillon de chasseurs alpins. À titre d’illustration, le HCECM s’est fait communiquer l’emploi du temps, pour l’année 2015, d’une section du 13e Bataillon de chasseurs alpins. En moyenne, les 24 militaires de cette section ont été absents de leur domicile 186 jours (Note de moi : soit presque 51% du temps), répartis en 116 jours de mission Sentinelle, 63 jours de terrain ou de stage et 7 jours de garde. Neuf militaires ont été absents de leur domicile plus de 200 jours, dont quatre plus de 220 jours. Un militaire a été absent de son domicile 252 jours. Toujours en moyenne, ces militaires ont passé 46 jours au quartier et 133 jours en repos (permissions et congés de fin de semaine inclus). Les conditions et les modalités d’octroi des aides sociales, en particulier de la PSAD, sont soit méconnues, soit jugées trop restrictives. »

« Les besoins en matière de garde d’enfants sont cruciaux et trop souvent insatisfaits. Plusieurs militaires ont indiqué avoir été dans l’obligation de solliciter leurs parents pour faire garder leurs enfants. »

« L’absence prolongée du militaire n’est également pas sans conséquences sur les relations avec son conjoint et ses enfants et donc sur l’équilibre de la vie de famille. Or, celle-ci, et ce point revient fréquemment dans les conversations, est le socle qui leur permet de vivre pleinement leur métier. »

(Ce qui me pousse à poursuivre l'objectif de mon travail, conférence et blog compris : le soutien aux familles)

« S’agissant des permissions, le bouleversement de la planification opérationnelle, l’incertitude sur les dates de relève et l’accélération du rythme des missions ne permettent pas aux militaires des armées de prendre comme ils le souhaitent, ni d’épuiser, la totalité de leurs droits. Les projets familiaux sont reportés ou annulés. Ce sujet est d’autant plus sensible en période de fêtes de fin d’année ou à l’occasion des congés scolaires. »

Effets de Sentinelle sur la vie de famille

(Encadré page 65) Source : militaire du rang de l’armée de terre.

« […] Les mandats Sentinelle, souvent longs, éloignent les hommes de chez eux et cela engendre bien entendu une hausse des séparations et des divorces. De plus, entre chaque mission, les compagnies essayent de poursuivre l’entraînement et donc des départs en camps […] s’ajoutent aux absences liées aux opérations intérieures. Les hommes ne voient presque plus leurs familles, principalement ceux qui vivent loin de leur garnison et cela a un impact majeur sur leur moral ».

« […] Le soldat […] accumule déjà près de 180 jours passés à dormir hors de chez lui. La vie de famille n’a donc jamais été aussi complexe que maintenant, et conséquence ou non de cette mission, le nombre de divorces ou de séparations des [militaires] de la section au cours de 2015 a été […] supérieur [à celui observé par le passé] ».

« […] L’enchaînement de toutes ces missions a donc eu un impact fort sur ma vie de famille. J’ai eu l’occasion de voir la totalité de ma famille lors des permissions de l’été dernier mais malheureusement pas quand elle en avait le plus besoin […]. L’enchaînement des missions et le grand nombre de week-ends en mission rend très difficile la gestion de sa vie privée. Au cours de l’année 2015 les missions Sentinelle ont représenté une absence de 6 mois environ ».

***

Alors que des échos se font entendre sur la fin de l'opération sentinelle en 2017, on sait que les effectifs mobilisés ré-atteindront leur maximum pour l'Euro 2016.

Et oui, 2017 étant une année électorale, l'utilisation de l'armée et la sécurité nationale devront faire l'objet de nouveaux engagements politiques.

Je pense et envoie mon soutien à toutes ces familles qui vivent en silence une situation éprouvante.

Bonne lecture !

Un partage, un commentaire = une vie* sauvée ! (*celle de mon blog)

famille absence militaire attentat Femme de militaire

Commentaires (3)

Cécile
  • 1. Cécile | 08/09/2016
Merci pour cet article bien clair sur le rapport de la commission ... Pour être femme de militaire, je confirme que les opérations Sentinelles répétées ne sont pas faciles à gérer ... Pourvu que ce rapport soit entendu dans les hautes sphères !
admin-mg
On se dit pas encore "Tu" Gg ? ça te va si on commence maintenant ? Tu me fais de jolis retours souvent, et je m'y suis attachée :)
Je ne saurai jamais ce qui s'est passé avec ma conférence, enfin ... j'ai ma petite idée, je t'en parlerai en privé si tu veux.
Je regrette beaucoup que ma conférence ne soit pas diffusée plus, j'ai l'impression d'avoir fait un gros travail pour rien ... qui ressortira plus tard, dans les mains d'un autre, parce que l'armée sera ENFIN prête ...
Gg
  • 3. Gg | 14/06/2016
Bonjour, merci puisque je ne connaissais pas l'organisme de HCECM. C'est intéressant, et comme vous dites cela justifie tout l'intérêt d'échanger sur tout ce qui entoure le militaire, de comprendre les choses pour d'abord que cela soit vivable pour tout le monde et pour que leur travail soit parfaitement effectué.
Si c'est organisme existe et qu'il est reconnu par l'État, même si il est indépendant, pourquoi les régiments ne se rendent ils pas comptent de la nécessité de vos interventions ?
Sinon pour répondre à votre question du dernier message, je vais bien merci, je suis bien occupée et j'espère que vous aussi vous allez bien. Je lis beaucoup de beaux commentaires, donc j'espère que ça participe à votre moral.
A bientôt
Gg

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