Blog 'Mission Famille' en veille, pourquoi ?

  • Par adminmacc
  • Le 25/04/2016
  • Commentaires (4)

Img 8062 bsDepuis que j’ai commencé cette aventure de blog et de conférence, j’ai toujours eu à cœur d’apporter quelque chose. Aujourd’hui, après les attentats et la mobilisation qui en découle, je sens que plus que jamais les familles auraient besoin de soutien.

L’autre soir, je reçois d’un ami « Dommage que ton projet n’ait pas marché ». À peine âgée de quelques mois, ma conférence est donc déjà morte aux yeux des autres. OK. Voilà un petit mois que je délaisse le blog et la page car, je dois l’admettre, je me sens triste et déçue.

 

 

Je me sens en colère aussi. J’ai besoin de faire passer la pastille en écrivant ceci.

Si tu n’as pas envie de lire l’histoire de mon projet, rien ne t’y oblige. On se retrouvera sur d’autres sujets.

La conférence et la Défense

Fin 2012, le courrier que j’adresse à  l’échelon social près de chez moi, n’obtient aucune réponse. L’antenne ARIA angevine est intéressée, mais tout prend du retard quand ma directrice de l’époque décide de ne pas rappeler la présidente. Je reprends donc le projet en indépendant, car « on n’est jamais mieux servi que par soi-même ».

Commence alors une préparation lente et laborieuse, toutes les justifications sont bonnes pour rabattre ma motivation. Un rdv avec une assistante sociale dans un régiment qui ne donnera rien plus tard, L’ARIA me permet de monter deux interventions. Je perçois dès la première présentation ce qui m’attend : une opposition sur fond de rivalité de la part du service social. Je viens jouer dans une cour qui n'est pas la mienne, au lieu de soutenir un travail qu'elles n'ont pas le temps de mettre en place, elles vont préférer me contrer, je suis clairement prévenue lorsque je me présente au CEMAT en mai 2015. La seule personne dans l'assemblée a s'exprimé vertement contre mon projet est un membre de la direction du service social tout droit venu de La Rochelle. On m'assure par ailleurs soutien et mon initiative recueille l'interêt d'autres services.

J’ai bien saisi l’idée de ne pas envahir, ne pas avoir une idée qui devrait être la leur. OK. Mais je n’allais pas m’excuser d’agir et de proposer quelque chose de nouveau là où il ne se fait rien de comparable.

En décembre 2015, le régiment de Bitche me fait confiance (encore l'ARIA, merci). Le commandement est séduit par le contenu que je propose. Je ne m'offusque pas du délai de paiement de ma première vraie prestation, sans indemnité ni mot d’excuse. Je passe aussi sur les soutiens promis qui sont restés des promesses. Dans les deux cas, ce fût beaucoup de temps perdu.

La conférence et les épouses

C’est bien d’avoir une idée, de vouloir réfléchir à une façon d’appréhender l’absence et nos vies atypiques en proposant un cours d’une heure et demi sur le sujet… oui. C’est bien. C’est ce qu’on m’a dit, absolument partout. Mais tout le monde ne fonctionne pas comme moi. Beaucoup d’épouses ont fait preuve de curiosité heureusement, mais est-ce qu’on se pose toutes des questions sur ce sujet ? Non.

La femme de militaire n’est obligée à rien et surtout pas à suivre une conférence sur l’absence. Parmi nous, il y a beaucoup de self-made women, des supers costaudes qui ne demandent jamais rien à personne, qui restent dans leur coin et se débrouillent pour jouer les équilibristes. Je sais bien de quoi je parle, car je suis comme ça. Autonome et autodidacte. Si j'ôte leur participation, celle des "expérimentées", celle des personnes qui ne peuvent pas se libérer parce qu'on organise les conférences sur des créneaux horaires qui ne conviennent pas à tout le monde ... qui me reste-t-il ?

La conférence, à la base c'était un apprentissage pour moi, c’est pour moi que j’ai lu et surtout traduit plus d’une quarantaine de pages d’études et de recherches des 4 coins du monde et lu une thèse passionnante de 333 pages (elle aussi en anglais). C’est pour moi, pour comprendre, pour savoir à quoi m’attendre. L’idée de partager et de communiquer le fruit de mon travail n’est venue qu’après. Si vous faites partie de celles qui lisent mes articles avec interêt, ou si vous êtes venues à la conférence, vous êtes des exceptions, vous faites partie des personnes qui ne se laissent pas rebuter par les apprentissages et la lecture. Bravo !

La conférence et les militaires

De nombreux militaires interdisent l’accès au régiment à leur épouse. "Secret défense" dit-on. Pourtant j’avais promis à tout le monde de ne pas leur afficher le grade de l’époux sur leur front avec des post-it. À croire qu’ils en ont honte, qu’ils ne leur font pas confiance pour honorer leur réputation. Les clivages et les histoires de grade n’ont rien à faire dans le sujet, face à l’absence, nous sommes toutes seules.

« Oui, j’épouse une femme et je lui fais des enfants mais quand il s’agit de l’informer ou de l’inviter à venir assister à une conférence sur la gestion de mes absences, c’est niet. Qu’elle se débrouille ! Mais qu’elle ne mette pas un pied sur ma base ! »

C’est pourtant en bon père de famille que Monsieur devrait réfléchir : en mission, le bien-être de sa famille a un impact sur la qualité de son action. Si elle était formée et informée de ce qui l’attend, peut-être que ce serait plus facile pour tout le monde et principalement pour lui.

Écrire une conférence, ma légitimité

En mars, au cours d’une conversation où étaient réunies quelques épouses, une étudiante a jugé mon travail et ma formation, sans les connaître ni l’un ni l’autre. Elle me dît :  « Il faudrait que ce soit reconnu scientifiquement ». Une étudiante en psychologie sociale doit vraisemblablement faire un travail épistémologique sur sa propre (future) pratique, donc elle se sent autorisée à questionner la légitimité des autres. Normal.

Je ne suis pas chroniqueuse pour Biba ou Voici, je suis diplômée en Ressources humaines en accompagnement des parcours personnels et professionnels, à ce titre je suis notamment capable de « construire un projet de formation accompagné » en m’appuyant sur mes compétences interdisciplinaires. En somme, je suis capable de trouver, trier et mettre en forme des informations afin de les rendre intelligibles pour un public cible.

Pour le parallèle, c’est une certaine Mme Logan, épouse de GI, à l'époque simple dîlplomée en RH elle aussi, qui a modélisé l’outil n°1 utilisé pour  parler d'absence dans les familles de militaire. Comme quoi !

Ça me rappelle une épouse sur un forum qui m’avait dit « Tu écris ta conférence sur nous en lisant le forum ? » … j'ai beaucoup ri. Me suspecter, remettre en cause mon professionnalisme, c’est bien mal me connaître et surtout présumer d’un amateurisme et d’une bêtise de ma part qui m’insulte et me désespère. Comme si j’allais proposer quelque chose de superficiel, ou qui ne soit pas fondée sur une bibliographie solide et documentée alors que je suis susceptible de le présenter devant le commandement, pour l'armée française.

Tous les conférenciers ne sont pas des thésards, psychologues (oh que non, le monde n'appartient pas aux psychologues), inventeurs des théories scientifiques sur lesquelles ils se basent pour construire leur discours. Et pourtant, il existe de très bonnes conférences ou formations qui développent des concepts intelligemment. Je n'avais pas l'intention de vendre de la pseudoscience !

La conférence et l’autoentreprise

Donc, si je résume, la première fois que j’ai parlé de la conférence on m’a demandé si j’allais me faire payer. Plus tard, après consultation de mon dossier de présentation, un personnel de la Défense s’étonna du fait que je « facture ». Oui ma bonne dame, je voudrais bien vivre de mon travail. Vous permettez ?

C’est assez paradoxal toute cette suspicion autour des entrepreneurs. Les gens bourrent leur caddie de produits à 70% de marge, empoisonnent leurx enfants avec  des grandes marques de bonbons, mais une personne lambda qui crée sa société autour d'une idée personnelle pour gagner sa vie, ça, c’est vraiment trop louche.

Pour s’excuser de vouloir vivre de sa production, l’humble entrepreneur (je parle de la personne qui veut juste gagner un peu pour survivre) doit donner, beaucoup. Dans de nombreux secteurs d'activité, les indépendants se plient à la loi du "cadeau", un petit conseil par ci, une petite vidéo par là,  et des heures passées à mettre en forme des documents gratuits. Partager des savoirs ? ok, gagner en crédibilité ? ok. Tout ça dans  l'espoir de gagner la confiance ? je suis bien d'accord. Mais allez demander à un salarié (ou vous-même) d’offrir quelques heures de travail à son patron, aller demander à un commercial de conclure un premier contrat à l'oeil, à la secrétaire de taper son premier compte rendu, réunion comprise, bénévolement, ce serait une autre histoire non ?

Le statut d’autoentrepreneur n’est pas rentable pour les toutes petites affaires. Aujourd’hui avec un taux d’imposition à 25.30%, des billets de train imposables car ils figurent sur les factures (je me fais rembourser 173 € de billets que j'ai payés =  je reverse 43 € à l’Urssaf), les frais autour (80€ pour un site internet à mon nom et sans pub, les timbres, impressions, métro, parking sur la journée en gare etc.), la taxe foncière des entreprises, la conférence ne m’a à ce jour absolument rien rapporté !  Et je ne parle même pas de me verser un salaire à l’heure proportionnel à mon travail (recherches, lectures, traduction, livres, modélisation, création des supports …). C’est zéro. J'ai moins gagné qu'un pakistanais pour Nike.

« 3 devis demandés et moi et moi et moi »

Alors voilà. Après plus de 50 envois de dossiers ou plaquettes un peu partout en France dans les régiments, j’ai reçu 3 demandes de devis. 50 envois en mon nom, en étant connue ni d’Ève ni d’Adam, une « toute petite » épouse de sous-officier qui essaye de faire bouger les lignes, de porter sa pierre à l’édifice, c’est un coup de corne de brume vers l’océan.

Malgré le coup bas, car je considère que c'est un coup bas, je suis toujours convaincue de la pertinence de ma proposition.

En ces temps troublés de sollicitation extrême de nos armées, je suis bien consciente que les régiments ont autre chose à penser qu’au soutien des épouses… Et pourtant, parfois, j’ai l’impression que tout devrait partir de là.

Un jour, il y aura des conférences sur la gestion de l’absence le jour des portes ouvertes dans les régiments

J’ai produit un travail  qui n’a pas déçu son public. J’ai eu d’excellents retours de la part des personnes présentes et de la part du commandement du 16ème Bataillon de chasseurs de Bitche.

Je suis persuadée que dans 10 ans ce genre de programme, conférence, formation, existera en France. Aux États-Unis, en Australie, en Afrique du sud, des programmes de soutien aux familles existent, depuis des années. Participer à ce genre d’évènement a un sens pour ces familles, c’est une participation encouragée, valorisée par le commandement. Aux USA c’est un véritable coaching proposé aux familles de GI : les programmes sont adaptés en fonction des intéressés, il en existe pour les couples, pour les épouses et même pour les enfants au fil des âges.

Ces formations sont données par des gens compétents (parfois des gens des RH...), qui agissent, qui savent faire passer un message, galvaniser le public et lui donner confiance en lui-même.

Ma conférence n’est qu’un exemple de ce que l’armée française pourrait proposer en termes d’accompagnement aux familles.

Pour l’instant et c’est déjà beaucoup, on s’intéresse en priorité aux blessés de guerre et au Stress Post-Traumatique.

Je fais le parallèle avec la psychologie qui a mis plusieurs années à se pencher sur la promotion du bien-être et du fonctionnement optimal de l’être humain, en substance : à s’intéresser aux gens qui vont bien et à comment les aider à aller encore mieux. Il a fallu attendre la psychologie humaniste puis positive pour enfin se détourner de la seule pathologie ou maladie mentale et enfin aborder le potentiel humain et accompagner le développement de la personne. Je suis pour l'éducation de la personne également, apprendre comment notre cerveau nous trompe, comment déjouer les pièges des biais cognitifs. C'est tout ça qu'il faudrait enseigner. Modestement, ma conférence était orientée vers cela.

Ce que j’ai appris

J’espère que les régiments qui m’ont contacté auront le droit de me laisser donner mes conférences et passeront outre l'opposition de leur service social.

J’ai appris que croire en son idée et se lancer c’était accepter de se montrer vulnérable et le jour où j’ai été capable de faire ça, d’avertir du monde autour de moi que j’allais « tenter ma chance » je prenais le risque de me planter certes, mais surtout je faisais preuve de courage. En acceptant d’être exposée et vulnérable, j’étais plus courageuse que jamais. J'ai compris également que lorsque je suis  face au public et avec l’énergie qu’il me donne,  j’ai l’impression d’être exactement à Ma place.

J’ai envie de continuer à accompagner des épouses, comme je l’ai fait, avec des tranches de rire et des tranches de sérieux. Je vais continuer à écrire selon l’envie, sans impératif. Donc, à bientôt !

Femme de militaire humeur

Commentaires (4)

mttaccpt-admin
  • 1. mttaccpt-admin (site web) | 03/05/2016
Oui j'ai pensé au livre, mais c'est effectivement une autre dynamique et je me demande si une maison d'édition se lancerait dans un projet pour une niche si "petite". Sans compter que la lecture est une chose pas toujours très répandue ;)
Je suis d'autant plus fière de vous avoir ici si vous n'êtes pas habituée aux blogs et à Facebook :)
Gg
  • 2. Gg | 02/05/2016
Bonjour,
C'est bizarre car je ne vous connais pas et que je n'ai pas du tout l'habitude de suivre un forum ou échanger sur Facebook puisque je n'y suis pas. Et oui je ne suis pas vraiment à la page!! Il y a que votre blog que je lis en fait depuis ma découverte en octobre dernier, et pourtant cela fait 8 ans que je suis compagne de mili. On ressent le sérieux, et l'expérience c'est tout. J'espère que vos demandes vont être entendues.
Sinon vous n'avez pas pensé à écrire un livre? Après ça prend certainement beaucoup de temps et puis c'est vrai que c'est différent car il n'y a pas l'échange avec le public en direct et les échanges d'expérience en même temps. Bon là je fais la question et la réponse, ce n'est pas formidable!donc je m'arrête là.
mttaccpt-admin
  • 3. mttaccpt-admin (site web) | 02/05/2016
Merci Gg pour votre message, vous êtes une de mes plus fidèles lectrices et chacun de vos commentaires me rend heureuse.
Je ne sais pas comment vous répondre, mais j'éprouve beaucoup de gratitude vis à vis de vous, car vous m'encouragez toujours et vous m'apportez de l'énergie.
Les "j'aime" ne vaudront jamais quelques mots, et les vôtres sont précieux à mes yeux.
Vous savez quand on écrit, on a parfois l'impression de parler seule dans le noir, alors merci de me montrer que je suis entendue :)
Gg
  • 4. Gg | 01/05/2016
Bonjour,
Je ne sais pas vraiment comment vous exprimer ma pensée, puisque même si j'aime écrire, ce n'est pas évident d'écrire exactement ce que l'on pense.
Je suis navrée de lire que l'armée ne réponde pas plus á vos propositions de conférence. Ça á l'air tellement intéressant car déjà vos articles sont très bien.
Et même si il y a des choses où l'on se reconnait moins on sait que c'est normal puisque tout les entourages de militaire ne vivent pas l'absence de la même manière.
Mais ça ouvre l'esprit, ça permet de prendre du recul, de se rappeler que nous ne pas seule dans cette situation, et de sourire aussi.
Et même si l'on ne gère pas trop mal l'absence finalement, en tout cas pour ma part j'apprécie de vous lire, car contrairement à beaucoup d'autres blogs, on ressent votre professionnalisme dans vos propos.
Ça devrai être une chance pour les régiments de vous recevoir puisque si leurs effectifs ont un entourage "serein" ils seront d'autant plus opérationnel au travail.
J'espère pouvoir continuer à vous lire et avoir la chance d'aller à une de vos conférence.
Bon courage.
Gg

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